Carnet

Le millésime 2022 à Bordeaux

Ce millésime 2022 a été marqué par des conditions climatiques extrêmes.

Le choix fait à Haut-Bailly d’une viticulture durable en préservant un vignoble âgé a pris tout son sens dans ces conditions extrêmes. Alors que jardins et forêts souffraient de la chaleur combinée à la sécheresse, nos vignes étaient superbes et verdoyantes ! Une vigueur et une force de vie qui se retrouvent dans notre millésime 2022. Axel Marchal, Professeur d’Oenologie à l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de l’Université de Bordeaux (ISVV), revient pour le carnet de Haut-Bailly sur les paradoxes de cette année à Bordeaux. 

A l’heure de dresser le bilan du millésime 2022 dans le vignoble bordelais, il convient d’en distinguer le contexte climatique général de ses conséquences sur la qualité des vins. Les conditions météorologiques extrêmes, relatives tant aux températures atteintes qu’aux faibles précipitations, ainsi que leurs manifestations, rendent hélas bien réel le changement climatique et suscitent de vives inquiétudes quant à l’avenir de notre planète.

Or, après un millésime 2021 contrasté, ne boudons pas notre plaisir : les vins produits en 2022 apparaissent, au début de leur élevage, hors norme et remarquables !

Les cinq conditions d’un grand millésime de rouge à Bordeaux ont été satisfaites en 2022. Au début de leur élevage et de façon générale, les grands vins rouges de Bordeaux 2022 apparaissent dans leur ensemble particulièrement réussis voire exceptionnels pour nombre d’entre eux. Bien qu’extrême, cette année 2022 a en effet joui, aux différentes étapes clés du cycle de la vigne puis de la maturation, de conditions particulièrement favorables.

Les merlots sont épatants sur les meilleurs terroirs, et en particulier sur les argilo-calcaires. Fruités mais sans note de sur-maturité, suaves mais équilibrés, ils présentent une race et un charme irrésistible. En écho aux propos tenus dans la note sur le millésime 2020, leur étonnante réussite dans une année 2022 historiquement chaude et sèche bat en brèche certaines théories ou modèles qui considèrent ce cépage comme déjà dépassé à Bordeaux. Sur ses sols de prédilection, et à condition d’adapter les pratiques viticoles, il est tout à fait en mesure de produire des vins remarquables.

Comme depuis quelques millésimes, les cabernets francs sont également très réussis. Leur éclat aromatique apporte une dimension supplémentaire aux assemblages et leur texture caractéristique, nécessitant une parfaite maturité, contribue à la fraîcheur et l’équilibre des vins. Le succès du petit verdot dans un millésime sec comme 2022 est particulièrement relié à la nature du sol.

En absence de contrainte hydrique trop forte, les vins qui en sont issus apportent un caractère épicé et une suavité caractéristique. Enfin, le cabernet sauvignon, pour lequel les vignerons bordelais ont tant lutté dans le passé afin de le récolter à maturité, continue à profiter des conditions plus sèches et plus chaudes des millésimes de la dernière décennie.

Son caractère tardif et son implantation sur des sols souvent drainants ont pu l’exposer, dans certains cas, à des contraintes hydriques marquées. Néanmoins, sur les grands terroirs, les vins qui en résultent sont impressionnants par leur structure tannique puissante mais sans austérité́, par leur caractère accessible tout en conservant beaucoup de distinction.

Excessif dans sa climatologie, le millésime 2022 semble avoir produit des vins étonnamment équilibrés et harmonieux, tanniques mais pulpeux, préservant une fraicheur et un éclat typiques des grands Bordeaux. Comme toujours, c’est le vieillissement qui permettra de révéler leur potentiel réel, mais à ce stade ils apparaissent particulièrement prometteurs et littéralement exceptionnels.

Des conditions climatiques inédites pour des vins hors norme mais parfaitement équilibrés, les paradoxes du millésime 2022

Pr Axel MARCHAL
Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de l’Université de Bordeaux, Unité de Recherche Œnologie